Jeudi 25 juin 2009
4
25
/06
/Juin
/2009
21:47
La plupart des premiers lecteurs de ce blog le connaissent déjà, lui et son histoire. Et si le rêve de Tétiss a sombré, celui de Poulbot est bel et bien devenu réalité : c'est la raison pour
laquelle, il trône lui-aussi sur la bannière de ce blog.
On ne raconte pas une histoire de la même façon lorsqu'on la raconte au jour le jour, en direct, comme cela a été fait sur le blog des chats de l'hôpital de Perpignan, et lorsqu'il faut la
reprendre avec le recul, en jouant sur les souvenirs. Sans doute n'y a-t'il pas de sauvetage plus beau qu'un autre, car un sauvetage réussi n'est rien d'autre qu'une vie sauvée, et cela
reviendrait alors à dire qu'une vie vaut plus qu'une autre. Et c'est justement cette logique-là qui a conduit Tétiss là où l'on sait. En revanche, il y a des sauvetages plus
délicats que d'autres, plus difficiles, qui nécessitent un plus grand investissement, qui puisent davantage dans vos ressources d'énergie. Des sauvetages de longue haleine durant
lesquels alternent les doutes, la peur parfois, les rebondissements, et qui vous conduisent à des situations inattendues qui peuvent parfois vous apparaître insurmontables. Alors oui, il y a
des sauvetages qui marquent davantage que d'autres.
J'ai entendu parler pour la première fois de Poulbot au téléphone. Poulbot, un chat errant des rues de Perpignan, dont l'articulation de la patte arrière droite avait été brisée, un chat
affamé, anémié et deshydraté, probablement en fin de vie, et pour lequel Emilie me demandait si elle pouvait le conduire chez un vétérinaire au nom de l'association, afin de lu ioffrir
une fin de vie "digne", en mettant fin à ses souffrances.
J'aurais pu dire non, et Poulbot, nous le savons aujourd'hui, serait mort deux ou trois jours plus tard. J'aurais pu dire simplement oui, et Poulbot se serait endormi "dignement",quelques
instants plus tard. Sauf que j'ai certes dit oui, mais qu'après un bref instant, j'ai ajouté : fais lui faire un test FIV-leucose. Sauf que le test, totalement faussé car ce
chat n'avait plus un seul anticorp capable de détecter quoique ce soit ( ça aussi, nous l'avons su plus tard ) s'est révélé négatif, et que j'ai reçu un second coup de fil d'Emilie me demandant :
il est négatif, qu'est ce qu'on fait. ? Elle seule pourra dire combien de temps il m'aura fallu pour que je lui réponde " tu me l'amènes à la maison".
J'ignore si j'ai à bénir quelqu'un ou quelque chose pour cela, mais si tel est le cas, oui, sans hésitation, je le bénis de m'avoir fait rencontrer Poulbot.
Poulbot est donc demeuré une nuit chez un vétérinaire, sous perfusion, avec pour seul diagnostic : incroyable force de vie... Après quoi Emilie est venue m'apporter une
petite boule d'à peine 2.3 kg, qui en dépit de sa patte folle m'est passé entre les jambes à toute vitesse pour quitter cette salle de bain dans laquelle il allait demeurer en convalescence un
mois durant. Une petite boule au poil raide, collant et crasseux, d'où émanait une insupportable odeur d'urine et de scatol mélangés.
Nous étions quatre autour du "bain de Poulbot". Mais ce n'est sans doute pas du bain en lui-même dont nous nous souviendrons. Mais de ce petit chat se précipitant comme un fou dans la
baignoire dès qu'il entendit l'eau y couler, afin d'étancher sa soif ... et une fois séché, il devait se montrer tout aussi vorace devant sa gamelle... je pense que c'est en le voyant
ainsi dévorer, qu'inconsciemment, j'ai dû lui faire la promesse qu'il n'aurait plus à connaître jamais, ni la faim, ni la soif...
Quelques jours plus tard, un nouveau bain allait se révéler nécessaire, tant les restes de crasse et d'excréments collés et qu'il cherchait à faire disparaître par ses toilettes demeuraient
tenaces... En même temps, une consultation chez mes vétérinaires attitrés, allait me faire prendre conscience de la longue route qu'il lui faudrait parcourir encore s'il voulait s'en
sortir. L'espoir était d'autant plus mince de le sauver, que son anémie rendait impossible tout diagnostic. A défaut d'être en mesure de diagnostiquer une maladie contagieuse, mes
vétérinaires exigèrent, afin de ne pas mettre en danger la vie de mes propres chats, des mesures d'hygiène drastiques : isolement total de Poulbot, gants de latex pour toute manipulation,
changement de vêtements lors de chaque visite à Poulbot...
Dans de telles conditions, que peut-on donner à un chat ? On peut lui donner une nuit, couché à même le sol d'une salle de bain. Poulbot est aussitôt venu, s'est installé sur mon torse
et s'est couché. De ses patounes il a pris ma main, et il s'est endormi... en ronflant bruyamment. Moi, je n'ai guère dormi. Mais ce n'était pas grave. Car lui a dormi, tranquille,
apaisé, et je le sais, heureux... malgré quelques soubressauts de cauchemars me tirant de mes tentatives d'assoupissements auxquels je ne manquais pas de répondre par les plus doux des
calins.
Dès le lendemain, Poulbot avait droit à sa chambre, à son lit et à son arbre chat... notre histoire commençait... Intime...permettez que je ne parle pas de cette intimité-là...
Une intimité bien courte au final. Mais ce n'est pas par la longueur que l'on peut juger de la profondeur des choses.
Et Poulbot a grossi, et Poulbot a guéri, et Poulbot a émerveillé mes vétérinaires. Je sais qu'ils ne l'oublieront jamais et qu'il restera pour eux, un défi à la nature.
Mais Poulbot s'est aussi mis à pleurer pour ne plus demeurer seul, enfermé dans sa chambre. Et Poulbot est devenu jaloux de ces autres chats qu'il apercevait dans le jardin au travers de la
fenêtre. Et Poulbot est devenu râleur et exigeant... le temps était venu de lui trouver une famille.
Les différents tests avec les chats se sont révélés désastreux. Poulbot a attaqué mes chats avec une rage et une force insoupçonnée. Famille sans chats donc. Une vraie gageure..
Seule Lauriane a répondu. Mais Lauriane avait un chien et Lauriane ne connaissait rien aux chats. L'affaire ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. Mais Lauriane avait
aussi un coeur d'or. Ce sont des choses que l'on arrive à déceler, comme ça, sans connaître les gens, mais sans se tromper pour autant...Alors on a tenté... jusqu'au bout...en
vain...Nous n'avons pas réponse à tout et nous n'avons pas trouvé la réponse. Alors pour le bien de Poulbot, pour celui de Luna, il nous a fallu nous remettre en quête d'une nouvelle famille...
sans chats, sans chiens, sans enfants..
Merci à ceux qui ont permis de trouver cette famille. Merci à cette famille. Merci à Marie Claude qui me l'amène ici pour que je puisse le conduire à destination. Dans moins de quarante huit
heures, Poulbot sera dans sa nouvelle maison...
En cet instant, mes pensées ne peuvent aller que vers Lauriane. J'aurais aimé lui dire tant de choses, des choses qui viennent du coeur. Mais à l'heure où le covoiturage se bouclait, elle
m'adressait un mail pour me dire simplement, merci, merci de lui avoir permis, de rencontrer Poulbot ...
A présent nous sommes deux à posséder un secret. Et ce secret s'appelle Poulbot. On ne peut vraiment en parler, ni même le décrire On sait seulement que quelque chose s'est passé dans nos vies...
rencontre d''un troisième type ?
Sans doute...
Derniers Commentaires