Après dix années d'errance...
Chaton, il était déjà grand, beau et fort, et comme tous les chatons, insouciant. Un poil mi-long en plus ! Ceux-là même qui dans les portées de particuliers ou des SPA, s'en vont les premiers... pour le meilleur... ou pour le pire...
Lui, est né dans la rue. Il y a bientôt dix ans...
Dans la rue, mais dans un lieu peut-être un peu plus protégé : un hôpital dans une ville de sud de la France. Pas d'association alors pour le trapper, l'accueillir et le placer. Juste des fenêtres de malades que l'on escalade. Et parmi ces malades, un malade, parmi d'autres. Un malade qui s'en va, parmi d'autres... et à qui, en ces ultimes instants, ce chaton arrache des sourires...
C'est ce sourire-là qui a porté bonheur à Eliott, et qui a forgé son destin. Le malade est parti. Eliott est resté, et il a grandi. Un époux qui s'en va, un chaton qui demeure. C'est comme cela, parfois, que l'on devient "mère nourricière", pour une colonie de chats errants. Qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente, que l'on soit jour de semaine ou matin de Noël, Elle n'aura plus jamais manqué un rendez-vous quotidien. Pour Eliott, et puis pour tous les autres. En dix ans, Elle en aura vu, Elle en aura connu, Elle en aura nourri, des chats errants dans cet hôpital. La plupart n'auront pas survécu aux coups de filets répétés de la fourrière, aux bagarres, aux blessures, à la faim, aux maladies, aux virus, aux chauffards. Qui a pu penser un jour qu'un chat errant pouvait se débrouiller seul dans la "nature" ?
Eliott, c'est l'exception. Oui, lui a survécu à tout cela. Quelques-uns de ses rejetons sont même au chaud dans de vrais foyers. Chez Elle, notamment... une de ses filles, Bella...
Survie donc, avec le prix à payer pour tout matou non castré : immunodéficience féline... et une blessure purulente à l'oeil, longtemps prise pour une conjonctivite chronique. Tardivement, une stérilisation, un test, positif, et qui anéantit tout espoir de placement et oblige à la relâche. Elle le voulait pourtant, elle en rêvait... mais le virus lui faisait si peur ! Alors la chance passa et Eliott fut relâché. Tranquille, il reprit sa vie, sans plus de bagarre désormais, Et il grossit, grossit...
C'est une lourde responsabilité que de dire d'un chat comme Eliott, maintenant, ça suffit, on le sort de là. Ce sont de terribles questions qui se posent. Le stress de son nouveau trappage, de son covoiturage, de sa nouvelle vie, ne va t'il pas accélérer, le processus si redouté de l'effondrement immunitaire ? Merci à celle qui tout là-haut dans le Nord, s'est alors proposée pour lui ouvrir sa porte... les évènements n'ont pas permis que les choses se passent ainsi... qu'elle sache que si Eliott est aujourd'hui heureux, c'est grace à elle...car sans elle, Eliott n'aurait jamais été tiré de son lieu de vie.
On passera ici sur les si longues journées qui séparent le moment où Irène prit Eliott dans ses bras pour me l'amener en accueil ( à dix jours d'un déménagement), et celui où je le le remis à Elle... Ces longues journées où le traditionnel choeur des pleureuses de la PA vint déverser ses anathèmes sur l'idée de le remettre sur son lieu de vie, avant de se dissoudre silencieusement et sans retour, lorsqu'une solution pour Eliott était réclamée... peut-être Catherine, qui accueille aujourd'hui Baryton, comprendra-t'elle, elle, la réalité de tels moments de solitude et d'abandon...
Mais comme ce choeur-là ne vient pas sur ce blog... on peut donc dire la suite...

Après dix années d'errance, il a dit oui au lit de sa maîtresse, après dix années d'errance, il a dit que la vie en appartement lui convenait parfaitement. Après dix années d'errance, il a dit qu'il voulait redevenir un gamin. Qu'il avait appris tant de choses de la vie, suffisamment pour faire tourner sa maman gâteau en bourrique, coquin comme le chaton qu'il a toujours été au fond de lui, malgré ses neuf kilos !
Elle... Eliott... le reste leur appartient... Fort. Très fort...
Cela faisait dix ans, que secrètement, Elle en rêvait, sans imaginer qu'un jour, vraiment, Elle le serrerait dans ses bras, chez Elle... son Gros Nounours...
Une énorme merci à Irène sans qui rien de cela n'aurait été possible...
A GAVROCHE, A BARYTON, NOUS SOUHAITONS D'AUSSI BELLES RENCONTRES, MAIS PAS DANS DIX ANS.
ICI ET MAINTENANT