Gretel, Mamita, Chachou, Confetti : leçons de vie
LES HEUREUX MAITRES D'UN PETIT LAISSE POUR COMPTE (2)
On pourrait se demander si la décision de donner sa chance à une vieille minette, à un matou handicapé ou à un chat positif, ne constituerait pas une étape culminante dans la relation que les amoureux de la gens féline, entretiennent tout au long de leur vie avec nos amis chats. Un peu comme si cette relation finissait par revêtir l'allure d'une sorte de parcours initiatique, commencé par l'adoption d'un petit chaton irresistible, poursuivi par la recherche de l'animal esthétiquement ou caractériellement idéal, celui que l'on rêve secrètement de rencontrer un jour. Après quoi seulement, la passion venue et les conditions s'y prêtant, interviendrait le sauvetage d'un de nos laissés pour compte, expérience nouvelle, qui incontournablement, conduira à se confronter de manière sans doute plus urgente et plus aigüe, au rapport à la vie.
Bien que très shématique, ce déroulement correspond à bon nombre de parcours, et nous aurons dans le cadre de cette série, l'occasion de le vérifier. Toutefois, Catherine nous a déjà dit combien l'arrivée d'Arnod dans sa vie fut le fruit du hasard, et non le résultat d'une décision longuement mûrie, d'offrir sa chance à un petit positif. Et que dire de l'histoire, ou plutôt, des histoires, de Léonie et Cyrille ?
Pour ces jeunes Amis d'Alsace, pas de chatons à la maison, ni même de matou "normal". Juste l'amour des animaux et l'attente d'être en mesure d'en assumer la charge, le moment venu. Cyrille nous confie qu'il a dans son enfance, eu l'occasion d'élever des chatons au biberon, mais que cela n'a pas suffit à lui tranmettre la passion pour les félins. Au fond d'elle même, Léonie aimerait avoir "son" chat à elle, "l'adoption coup de foudre, qui fait que tu peux craquer sur n'importe quel chat quelle que soit sa trombine..." Et des chats, des chatons, des situations de détresse, elle et Cyrille en voient passer dans le refuge où ils sont bénévoles. La première adoption sera finalement le fruit des circonstances : première adoption et adoption sauvetage, sans coup de coeur, celle de Gretel.
" Il lui fallait une famille pour ne pas se faire euthanasier puisque FIV+, âgée, et obèse en plus : tout pour plaire ! On est allés la voir, juste pour vérifier s'il y avait pas une grosse incompatibilité d'humeur. Elle nous a snobé des le départ et je la trouvais moche à mourrir. Mais je pouvais la prendre, lui sauver la vie, et comme justement, ça ne se bousculait pas au portillon pour la sauver...Alors on l'a prise. Elle a toujours gardé son indépendance. Au debut, elle ne voulait pas être touchée, ne ronronnait jamais. Puis elle a évolué lentement..."
Et Léonie de conclure : elle a appris... et nous aussi ... Je n'étais pas amoureuse d'elle comme j'ai pu l'être après de Mamita, j'ai appris à l'aimer au fil du temps, j'ai appris à la connaître, à m'émouvoir de ses mimiques, de ses regards, à la trouver belle. Peu à peu, elle s'est laissée toucher, gratouiller, elle semblait y prendre plaisir... et il y a quelques jours, elle a ronronné pour la première fois...des frissons jusqu'en bas du dos, et jusqu'au fond du coeur... "
Certains d'entre vous, penserons sans doute, qu'après le sauvetage de Gretel, imposé par le destin, ce dernier se devait d'apporter reconnaissance et récompense : l'adoption coup de coeur, la rencontre attendue... celle dont Cyrille écrit, avec le recul du temps :
Petite boule d'amour et de tendresse,
Reine des teignes et des félins,
Tu as su lorsque ça n'allait pas,
Me combler de toutes tes caresses,
Et me sortir de mes chagrins.
Chaton ? merveilleux angora ?... Non, rien de cela...
Une autre de ces mamies chats, à qui trop de refuges ne donnent pas la moindre chance...
"si âgée, si maigre, si vulnérable sans ses dents, sûrement malade du calici, et le fait qu'elle en ait tellement bavé avant d'arriver à la SPA... j'ai fondu, j'ai eu envie de la protéger, de lui offrir de la douceur. Et je pense que c'est ce qu'on a réussi à faire... la chatte en même temps la plus gentille et la plus peste que j'ai connue. Elle avait beau faire à côté de la litière tous les jours, on l'aimait quand même plus que tout... Mamita, amour-fusion, amour-passion, toujours avec nous, contre nous, calins bisous...
Un chat âgé, tu as beau ne pas savoir combien de temps il va vivre, c'est quand même magnifique, chaque jour qu'il passe avec toi... "
L'arrivée de Mamita devait correspondre, notamment pour Cyrille, à ces mauvaises passes qui jalonnent chacune de nos vies, une période "riche en émotions et en tracas quotidiens... et cette chatte a su instinctivement ce qu'elle avait à faire pour me remonter le moral et m'aider à tenir.
Elle savait quand ça n'allait pas bien, et elle le montrait. Elle venait m'asticoter un peu pour jouer, puis se mettait à me lécher. Elle me nettoyait les doigts pour que je puisse la laver là où elle ne pouvait pas. Ca finissait invariablement en séances de calins qui pouvaient durer des heures. C'était magique ! J'oubliais tout le reste. De purs moments de bonheur, intenses et francs, sans faux-semblant, sans attentes, juste le moment présent, pleinement. Je pleure en écrivant. Je viens de réaliser qu'elle était sûrement déjà dérangée par sa tumeur. Elle vivait au présent avec nous... demain sera un autre jour... Mais demain ne sera plus jamais pareil... Je pleure pour ce que j'ai perdu, mais sûrement aussi parce que j'ai beaucoup appris d'elle ; et il y avait encore tellement à apprendre ! Lorsque j'ai eu ma gastrite, elle a élu domicile sur mon ventre. Presque cinq semaines de calins intenses, presqu'une fusion, en tous cas une communion parfaite entre nous. Cette chatte était loin d'être parfaite, Gretel ne l'est pas non plus en fait. Mais à leur façon, elle le seront toujours pour moi. C'est leurs défauts qui les rendent uniques, qui font ce qu'elles sont, des êtres vivants à part entière, nous affectant tout autant que nos semblables, et souvent bien plus que nous ne le pensons. Car les relations et les codes ne sont pas les mêmes. Pas de standart à respecter, pas de limites au lien unissant deux animaux, quand les sociétés humaines imposent certains comportement et en interdissent d'autres" .
Et tandis que Gretel continue doucement à apprendre, à partager avec Mamita, elle qui était censée ne pas supporter les autres chats, tandis que Cyrille et Léonie, dans leur deux-pièces, commencent à rêver d'une maison plus grande qui leur permettrait d'agrandir la petite famille, un troisième locataire vient frapper à la porte. Et quel locataire ! Un FIV bien sûr, sauvé inextremis de l'euthanaise par un furtif SOS sur les forums de protection animale, mais encore abandonné au bout de deux mois par son "sauveur". Pour Chachou, deux solutions : un retour dans un refuge surpeuplé synonyme d'euthanasie, ou un accueil chez Léonie et Cyrille, dans un univers, on l'a vu, étroit, où deux chattes qui commencent à peine à accepter de cohabiter, occupent déjà le territoire. Chachou. Un chat que Léonie nous décrit " INSUPPORTABLE dès le départ, qui attaque sans raisons pendant les calins, qui hurle à la mort toute la nuit, désagréable avec ses congénères..."
Un chat inadoptable donc, à qui il faut tout réapprendre.
Un chat dont Léonie nous dit encore : " je ne PEUX PAS le voir en peinture, je DETESTE ce chat ! Mais avec Cyrille, ça passe bien... alors on refait, ou on fait, son éducation, lentement, mais sûrement. C'est un chat intelligent. Il apprend. Il nous mord ? Fort ? Et bien on va faire pareil, puisqu'il n'y a que ça qui marche ! Beaucoup de découragement aussi, apres plusieurs semaines de nuits blanches...Au bout de trois, de quatre mois, il commence à être correct niveau caractère...On peut envisager son placement...Bientôt...Encore lui apprendre quelques petites choses, terminer son éducation... Bientôt... Mais là, ce n'est plus possible. Ce chat, il a tellement appris, il nous a tellement appris ! Cyrille ne peut plus envisager de s'en séparer... il me demande si ça me dérangerait qu'on le garde, et là, surprise, je me rend compte que J'AIME CE CHAT ! Non, plus question de s'en séparer..."
Car comme le raconte Cyrille, "sous ses sales manies et ses airs farouches est finalement apparue dans toute sa splendeur MON CHACHOU D'AMOUR : un chat adorable, attaché à notre petite meute bien plus qu'à tout le reste... et mon état d'esprit a du coup aussi changé surtout depuis avec le "décés" de Mamita. Je vis avec mes chats, des choses beaucoup plus intense en émotions, PLEINEMENT ET MAINTENANT, plutôt que peut-être, demain, après..."
Je ne partage pas seulement avec Léonie et Cyrille, cette passion pour les "pattounes en détresse". Je crois pouvoir dire que nous partageons aussi l'Amitié de Danielle, qui dans ces colonnes a écrit cette chose si simple et si fondamentale, qui nous réunit tous sur ce blog : " Pas pour Nous...mais pour Eux !"
Oui ! POUR EUX !... Alors, parce que Chachou s'ennuie, entre les petites vieilles qui veulent juste avoir la paix... N'est ce pas Gretel ?


... parce que lui, le petit jeune, veut bouger et jouer, l'idée d'un compagnon de jeu fait son chemin. Mais pas à n'importe quel prix. Léonie comme Cyrille connaissent trop les limites de leur univers de vie. Et c'est ce moment-là, que Mamita choisit, pour tirer sa révérence, après une année et demi de vie et d'amour, auprès de ses jeunes maîtres. "Malgré la peine immense qui nous mine, ce vide dont on a l'impression que rien ne pourra jamais combler, le moment est venu, pour le compagnon de Chachou, jeune comme lui, afin qu'ils puissent jouer...On y pense depuis qu'on sait que Mamita est malade. On s'y prépare. Ca ne remplira jamais tout ce qu'on aura perdu avec son départ, on le sait d'avance. Mais on le fera ! Pour le Chachou ! ... aussi dur que cela puisse être pour nous... et une petite voix dans ma tête, qui me dit, comme ça, qu'elle ne sera pas morte pour rien..."
" Pas question cette fois, encore une fois, de prendre le premier chat qui vient. C'est une adoption à laquelle nous avons déjà réfléchi depuis un moment. Un chat pour Chachou, pas un chat pour nous. Je sais d'avance que je vais en souffrir. Gretel ne s'intéresse pas à nous, sauf à l'heure de la gamelle, Chachou n'est pas encore très calin, seulement joueur... mais on va adopter un chat jeune, un chat joueur, et tant pis pour les calins que je n'aurais plus...
... Mamita, ça fait si mal, sans toi..."
" Mais pas question pour autant de prendre un chaton...on ne va pas prendre un chaton et ôter une chance d'adoption à un autre chat... Ca sera une adoption raisonnée, réflechie, peut-être pas un sauvetage cette fois, mais pas non plus le chat que tout le monde se dispute. Je cogite. j'ai toujours voulu un chat gris, et j'ai besoin d'un chat calin. Mais sauver une vie, c'est plus fort que tout..."
Et voilà que de nouvelles pattounes en détresse viennent frapper à la porte du refuge... un FIV... encore...un FIV que Danielle la première accueille chez elle, et à qui Léonie et Cyrille viennent rendre visite. Visite rapide, "afin de ne pas louper un miracle-coup de foudre. Mais le coup de foudre n'a pas lieu... Alors on gamberge encore un peu. C'est plus logique de prendre le FIV, puisqu'on en a déja deux... Il faut tester, mais on sait qu'avec le caractère de Chachou, ils vont de suite s'aimer ou se haïr... Les trois premières semaines sont très difficiles. Ils se crachent. Ils s'évitent. Mais ils s'apprennent, aussi.... Et au bout de ce court laps de temps, ils se lèchent, ils jouent, ilsdorment ensemble. On a réussi ! On les regarde, attendris, étonnés du changement d'atmosphere de la maisonnée, calme, paisible...tendre...On les regarde le coeur rempli d'amour et d'émerveillement. On les aime !...
" Chacun des chats qui ont vraiment traversé ma vie, en adoption ou en accueil...m'a changée. Tous m'ont apporté des leçons de vie. Tous m'ont appris leur monde, mais aussi le mien... Il y a eu d'abord Tiger, le chat de mes parents, le chat PARFAIT, qui m'a fait aimer les chats. Puis Gretel, qui m'a fait comprendre qu'un chat, tu ne l'aimes pas forcément pour ce qu'il t'apporte à toi, en tant qu'humain. Felicia et Maidi, en accueil, qui m'ont fait comprendre que tout n'était pas aussi facile qu'avec Tiger, que chaque chat est unique, chaque vie que tu croises, une découverte. Pardon Félicia de n'avoir pas compris assez vite pour t'aider...Maidi, je me serai battue au moins pour te sauver la vie...même si j'aurai du faire plus dès le départ. Mamita, qui m'a de nouveau apporté la douceur et l'amour et la tendresse dont j'avais besoin, malgré ce que j'avais déja appris...Pupuce ensuite en accueil, m'a appris à m'adapter, à passer plus de temps pour des choses qui ont vraiment de l'importance... Chachou après : il m'a montré que tout peut toujours changer, avec du temps et de l'amour. Ce sont soit les choses qui changent, ou bien le regard que tu portes sur elles...Chachou, c'est le diable qu'on a transformé en ange... Titi enfin, qui m'a appris qu'on peut être heureux, aussi, en agissant pour rendre quelqu'un ( Chachou) heureux, même si l'on a pas ce qu'on attendait.
Tout cela, je ne suis pas sûre que le fait d'adopter un chaton me l'aurait appris. En dehors du fait que je n'ai jamais voulu adopter un chaton pour ne pas ôter une chance d'adoption à un adulte en danger, je suis maintenant intimement persuadée que des chats adultes ont infiniment plus à nous apporter, à nous apprendre. Je ne suis pas sûre qu'un chaton aura jamais, la reconnaissance d'un Chachou..."
De cela, que retient Cyrille ?
" Ces liens uniques qui se créent en quelques secondes ou en plusieurs années. Des liens solides et intenses, plein d'amour et de tendresse, de joie et de jeux, d'attention et de respect envers l'autre. Parfois de craintes. J'aime profondément la vie mais j'avoue que je préfère créer des liens avec les animaux qu'avec mes semblables. On n'apprend pas la même chose en fait. ... j'étais déjà très fusionnel et très instinctif avec les animaux. Je le suis bien plus aujourd'hui que ce soit avec mes animaux à la maison, ou avec les animaux de la SPA où je travaille. Je pense que si humainement, quelque chose a changé en moi, du fait de ces adoptions, c'est justement, qu'un peu d'humain a disparu dans la relation que j'ai avec les animaux. J'en suis un aussi, et ils le savent... Certains personnes auraient dû grandir avec des chatons, histoire d'apprendre un peu le partage, la solidarité, la patience, mais surtout le respect de l'autre et de soi-même.
Chaque vie est Une, et pourra avoir un impact sur la notre, pour peu que l'on y prête quelque attention.
Une vie n'appartient à personne. Elle EST, c'est tout..."